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Les terrains de rugby sont faits pour les filles

Ne remontons pas à la préhistoire du Jeu, lorsque le nombre de joueurs n’était pas encore fixé et où l’on jouait quelquefois en contournant des arbres.

Depuis la fin du 19° siècle les dimensions d’un terrain de Rugby sont d’environ 100m de long pour 50m de large. Ces règles sont toujours en vigueur et tous les terrains de Rugby de tous les stades du monde mesurent approximativement 100 X 50 m.

Considérons maintenant les mensurations des pratiquants. Nous connaissons grâce à JP. Bodis et à son Encyclopédie du Rugby, la taille et le poids des 15 joueurs de l’Equipe de France de 1908. Leur poids moyen était de 74,8 Kg (79,1 kg pour les avants et 69,3 pour les demis et les arrières). Leur taille moyenne était de 1,74m ( 1,79 pour les avants et 1,69 pour les arrières). Regardons maintenant l’effectif de l’équipe de France de Rubgy à 15 de 2017 (les titulaires du match du 24 Juin contre l’Afrique du Sud). Je trouve une taille moyenne de 1,87m et un poids moyen de 98,7 kg. Une augmentation considérable : 30% pour le Poids et 7% pour la taille. Les professionnels d’aujourd’hui sont donc plus lourds et plus grand que leurs ancêtres de 1908. Ils tiennent beaucoup plus de place sur un terrain et le champ disponible pour les attaquants en est réduit d’autant. On ne voit plus maintenant de jeu d’esquive ou de contournement et les décalages en bout de ligne sont pratiquement impossible. Seule la percée sur une faute de défense peut permettre de franchir la ligne d’avantage.

Pour retrouver le type de jeu qui se pratiquait à l’origine, il faudrait que les terrains soient « ajustés » aux nouvelles dimensions des pratiquants. Une augmentation de 10% de la longueur et de la largeur des terrains paraît être un minimum.

Pour pouvoir profiter d’espaces équivalents à ceux dont disposaient les inventeurs du jeu il faudrait donc porter les terrains à 110m de long et 55m de large … au moins.

On pourra m’objecter que je devrais aussi prendre en compte les qualités athlétiques de ces joueurs. Hélas ! Nous ne connaissons pas celles des rugbymen de 1908, mais je doute fort qu’elles aient été supérieures à celles des joueurs d’aujourd’hui et il est même tout à fait certain que la force et la vitesse des joueurs de 2017 dépasse celles de ceux de 1908.

Comparons maintenant notre équipe de France de 1908 à l’équipe féminine de Nouvelle-Zélande championne du monde 2017. La taille moyenne des joueuses est de 1,7m pour un poids moyen de 80 kg. Elles sont donc un peu plus lourdes (80 contre 74,8. Soit 7% de différence) et un peu moins grandes (1,7 contre 1,74. Soit là aussi 7%, mais dans l’autre sens bien sur) que nos joueurs de 1908. Mais ces différences s’équilibrent et personnes ne trouveraient anormal que des équipes de même sexe présentant des tailles et des poids semblables puissent s’affronter.

Les spectateurs des matchs de la dernière Coupe du monde semblent, dans une large majorité, avoir apprécié la qualité du jeu des féminines et avoir trouvé ce Rugby plaisant et même spectaculaire.

Ce n’est pas étonnant puisque les terrains sont faits pour elles.

Rugby

Le Rugby est né au milieu du XIX° siècle en Angleterre. Dès la fin de ce siècle de violents débats divisèrent les membres de ses organismes directeurs. Ces discussions opposèrent les tenants d’une pratique « aristocratique » du jeu à ceux qui la voulaient ouverte aux classes populaires. Ces querelles ne concernaient pas que le Rugby mais traversèrent toute l’organisation sportive. Les dirigeants des unions du sud de l’Angleterre qui se pensaient comme les créateurs et les propriétaires du véritable esprit du jeu – et qui surtout voulaient continuer à pratiquer un « entre-soi » élitiste, rompirent avec les comités du Nord et développèrent une théorie de l’amateurisme qui leur permettait d’ostraciser tous ceux qui ne leur convenaient pas. C’est dans ce contexte que les comités du Nord de l’Angleterre fondèrent la Rugby League qui inventa le Rugby à 13 en 1906.

La France se tint fort loin de ces discussions qui étaient déjà tranchées en Angleterre lorsque le jeu arriva dans notre pays. Si initialement le Rugby s’y développa au sein des classes aisées de la société (Le Racing Club de France et le Stade Français qui fondèrent ensemble l’USFSA, premier organe fédérant les sports en France, n’étaient pas spécialement fréquenté par des indigents) il échappa rapidement au milieu social de ses pionniers et se développa dans toute la France et dans tous ses milieu. Si le Rugby à 13 introduit en France en 1934  rencontra assez vite le succès se fut, entre-autres, parce qu’il permettait de rompre avec les hypocrisies de l’amateurisme marron qui ridiculisa la FFR jusqu’à la fin des années « Ferrasse ». Mais ce fut surtout grâce à ses propriétés formelles  qu’il séduisit les français amateurs de jeu ouvert*. Le Racing Club de Carpentras (RCC) fondé en 1903 adhéra à la nouvelle Fédération dès 1938 avec quelques autres club provençaux (Orange, Apt, Vedène, Le Pontet, Cavaillon, Marseille notamment). Le Rugby à 13 devint rapidement le sport emblématique de la ville et le RCC le seul club Carpentrassien de sport collectif a évoluer au plus haut niveau de sa discipline.

*(concept développé par S.Darbon dont on peut lire aussi: Diffusion des sports et impérialisme anglo-saxon; ed de la Maison des sciences de l’homme)

Le public du Rugby à 13

Cette enquête a été menée dans le cadre d’un travail collectif sur le public des stades
européens dirigé par Christian Bromberger. La plupart des ethnologues et des sociologues de ce groupe étudiant le public des grands stades de football des métropoles européennes  (Manchester, Barcelone, Milan, Marseille etc.) il avait paru intéressant de faire un contrepoint avec le public beaucoup moins nombreux du Rugby à 13, dans des villes françaises de taille beaucoup plus modeste.
Ce travail a été présenté lors d’un colloque réunissant tous les membres du groupe de
recherche à Coversiano, le centre technique du football Italien, les 7 et 8 Juillet 1995.
Hélas, la synthèse et les actes de ce colloque n’ont jamais été édités.
Il n’est donc peut-être pas inutile de faire connaître ici les résultats de ces deux enquêtes.
Elles pourront au moins servir de référence historique.